Noella : Chanteuse de Jpop « Made in France »

J’ai rencontré la talentueuse Noella il y a quelques années via les réseaux sociaux. Je ne sais plus exactement dans quelles circonstances, mais toujours est-il que c’est notre passion commune pour l’Asie qui nous a rapproché. Petit à petit, j’ai découvert son univers et elle m’a fait part de son rêve de devenir chanteuse.

Passionnée par la musique depuis toujours, Noella a toujours vécu sa vie en chanson, mais le rêve ultime était de lier sa passion pour le Japon à sa passion pour la musique. Après 2 années à écrire et à composer, (on a notamment pu voir le titre indép « Oh Oh » diffusé sur la chaîne No Life), Noella signe enfin son premier album « GaNISOng » avec le label japonais HAF Records en 2016. Pour ses débuts sur le marché japonais, elle reprend de célèbres génériques d’animés en version française. Interprète de formation et trilingue (français-japonais-anglais), elle a eu à cœur de traduire elle-même tous les textes du japonais vers le français.

Rencontre avec cette chanteuse pas comme les autres.


Noella et le Japon

Comment t’es venue cette passion pour le Japon ?

Comme beaucoup de personnes de ma génération (les années 80), j’ai été bercée par les dessins animés japonais dès mon enfance. A l’âge de 16 ans, ma mère m’a emmené à un événement à la Maison de la Culture du Japon où était invitée Naoko Takeuchi, l’auteure du manga Sailor Moon. A travers la découverte de ce lieu, des expositions et des films, j’ai commencé à en apprendre d’avantage sur le Japon, pays pour lequel je me suis petit à petit prise de passion.

Tu as vécu quelques temps au Japon. Peux-tu nous parler de ton parcours là-bas ?

En novembre 2007, je suis partie au Japon munie d’un visa Vacances-Travail (PVT) et de mes quelques notions de japonais. J’avais réussi à trouver un emploi depuis France par l’intermédiaire de Facebook (hôtesse d’accueil pour un restaurant Australien à Tokyo) et un logement dans une guesthouse par le biais d’une ancienne collègue rencontrée aux USA (où j’ai vécu quelques mois avant d’aller au Japon). J’ai travaillé un peu moins d’un an dans ce restaurant avant de trouver un emploi de professeure de conversation en anglais qui correspondait plus à mes compétences.

L’apprentissage du japonais m’est venu naturellement, je m’étais faite la promesse de ne fréquenter QUE des japonais afin de me « forcer » à m’améliorer rapidement. Les six premiers mois ont été assez difficiles malgré mes bases de japonais. J’arrivais malgré tout à m’en sortir au travail car plusieurs de mes collègues parlaient l’anglais, et les autres m’encourageaient pratiquer le japonais en discutant avec moi. J’ai fini par tomber amoureuse d’un garçon japonais avec qui je me suis mise en couple, ce qui a accéléré mon apprentissage de la langue étant donné qu’il ne parlait ni anglais, ni français! De cette union est née une fille (que l’on peut notamment apercevoir dans mon clip Oh Oh !). Elle est donc née à Tokyo, même si mon compagnon japonais et moi avons finalement décidé d’emménager en France avant son premier anniversaire.

Tu as été en couple avec un homme japonais pendant de nombreuses années (je précise que ce n’est plus le cas aujourd’hui), quelles ont été les principales difficultés auxquelles tu as du faire face ?

Je ne peux parler qu’à titre personnel car chaque personne reste unique et certaines difficultés de notre couple étaient probablement due à nos personnalités propres.

Je pense que l’une des plus grandes difficultés du couple mixte est que l’un des deux va potentiellement devoir vivre dans le pays de l’autre, et devoir s’adapter à la culture et à la langue locale rapidement. Cela peut être vécu comme une belle expérience au départ, mais ce n’est pas forcément évident à assumer sur le long terme. J’ai moi-même assez mal vécu le fait qu’il soit très difficile, voir impossible, d’être vraiment intégré au Japon. Même en parlant couramment la langue, on gardera toujours un statut d’étranger. En France, les japonais font aussi face à des difficultés même d’ordre purement « pratique », comme la faible qualité de certains services ou l’inefficacité de l’administration (choses incompréhensibles et agaçantes au possible pour un nippon!).

Chaque pays à ses points positifs et négatifs, mais dans le cas d’un couple mixte le choix du pays n’est pas anodin. C’est une décision qui devrait être mûrement réfléchie, surtout à l’arrivée d’un enfant.


Noella et la musique

Tu chantes depuis de nombreuses années, mais as-tu toujours eu ce rêve de devenir chanteuse ?

Oui! J’ai aimé chanté depuis mon plus jeune âge et je faisais déjà des « concerts » dans ma chambre à l’âge de 10 ans.J’ai commencé à prendre des cours particuliers de chant à 14 ans en abordant différents types de musique (jazz, pop, comédie musicale, rock) et j’ai également intégré plusieurs groupes de musique. Depuis, j’ai régulièrement fait de la scène et du studio.

A quel moment as-tu eu envie de mêler ta passion pour la musique à ta passion pour le Japon ?

Lorsque j’avais 16 ans, j’ai découvert la Jpop avec le premier album d’Utada Hikaru qu’une de mes correspondantes japonaises m’avait envoyé en K7 audio. J’ai tout de suite accroché à la sonorité de la langue japonaise qui se mariait si bien avec la musique. A cette époque, je m’amusais à chanter sans même comprendre les paroles.

Lors de mon retour en France, j’ai voulu entreprendre un projet de chansons originales et utiliser le japonais s’est avéré être une évidence pour moi. Je me suis inscrite sur un site de rencontre auteurs / compositeurs japonais où plusieurs artistes m’ont proposé leurs chansons originales. Les textes me sont « venus » naturellement en japonais.


Le premier clip de Noella

Peux-tu nous parler du titre et du clip « oh oh » (ci-dessus) que tu as produit toi-même ?

La chanson « Oh oh! » est la première que j’ai écrite et composée seule, alors que je me suis toujours dit que je n’arriverais pas à le faire! J’ai également écrit la plupart des arrangements qui ont ensuite été peaufinés par un professionnel. J’ai eu la chance de rencontrer Nunaya qui m’a soutenue dans ce projet et m’a présentée la talentueuse Salomé Dubois, réalisatrice, qui a gracieusement accepté de participer à mon projet avec l’aide du réalisateur Tatsuya Utsuno.

Nous avons tourné le clip en automne 2014 et l’avons publié sur Youtube en septembre 2015. Je garde de formidables souvenirs de ce tournage en T-shirt dans le froid, mais surtout de l’ambiance et du lien créatif et amical qui a démarré à ce moment-là.

J’ai d’ailleurs réalisé un second clip avec la même équipe qui, à mon grand désarroi, n’a pas pu être publié pour des raisons indépendantes de notre volonté…

Comment l’aventure « Ganisong » a-t-elle commencé ?

J’ai rencontré le producteur du label GaNISOng lors de mon activité professionnelle d’interprète. Au départ, nous avons sympathisé sans parler de collaborer.

Lorsqu’il a entendu ma chanson « Oh Oh! », il m’a demandé de lui envoyer une démo pour participer au projet et j’ai été sélectionnée!

Cela m’a pris plusieurs mois pour traduire et adapter les chansons japonaises en français et enregistrer une vingtaine de chansons dans les deux langues.

On sent qu’il est important pour toi de garder des liens aussi bien avec la culture française que japonaise. Pourquoi ? Comment exprimes-tu cela dans ta musique ?

Je considère depuis plusieurs années le Japon comme mon deuxième pays. On me dit d’ailleurs souvent que je fais « plus japonaise » que française!

Je suis influencée non seulement par la culture française et japonaise, mais aussi anglo-saxonne, surtout pour ce qui est de la musique. Étonnamment, le français est la langue que j’utilise le moins pour mes chansons. C’est d’ailleurs la première fois que je sors des titres dans ma langue maternelle pour ce projet!

Quant à la vie quotidienne, je vis en France, mais mes enfants sont métis franco-japonais. Pour moi, il est très important qu’ils puissent entendre et parler les deux langues et connaître leur double culture.

Avant d’être chanteuse, tu es aussi traductrice et interprète, notamment lors de gros événements comme la Japan Expo. Quels rapports entretiens-tu avec les artistes que tu rencontres ?

Cela va beaucoup dépendre du cadre de travail et des artistes. J’essaye de rester professionnelle lors de mon travail, mais il m’arrive évidemment de sympathiser avec certains musiciens ou personnes de leur équipe.

Pour citer quelques anecdotes, il m’est arrivée de jouer à « Shiritori » (jeu japonais ou l’on doit faire commencer un mot par la syllabe du précédent tour à tour) avec un groupe de musique japonais dans leur loge, ou d’emmener un artiste de rock à la pêche !

Par principe, je ne demande jamais d’autographes, mais il m’arrive de faire des photos avec certains artistes, la plupart du temps à leur demande. J’en publie certaines, mais la plupart restent en privé, surtout lorsque les artistes ne sont pas maquillés ou en tenue de scène. J’ai également reçu quelques CDs dédicacés en remerciement.

Noella en concert avec la chanteuse Airly

Y a-t-il eu des rencontres ou des collaborations artistiques qui t’ont particulièrement marquées ces dernières années?

C’est tout récent mais la collaboration entre Yasutaka Nakata, Charli XCX et Kyary Pamyu Pamyu pour la chanson « Crazy Crazy ».


Crazy Crazy feat. Charli XCX & Kyary Pamyu Pamyu

Ces dernière années, je trouve que le Japon fait beaucoup d’efforts pour s’ouvrir sur l’international au niveau musical. Certains groupes font des chansons en anglais et des concerts à l’étranger (par exemple One Ok Rock). La Jpop ou Jrock, bien qu’appréciées à l’étranger, sont un genre spécifique au pays et pas toujours accessible sans avoir un minimum d’attrait pour la culture japonaise. J’apprécie « l’internationalisation » de la Jpop, bien que je pense que la Jpop « traditionnelle » doive perdurer!

Tu es guide, interprète, chanteuse  et maman (récemment tu étais même en reprise d’étude universitaire). Comment fais-tu pour tout gérer en même temps !

Beaucoup de café et de vitamines !

Plus sérieusement, je suis quelqu’un qui supporte mal l’ennui et adore travailler sur de nombreux projets en même temps. Les deux années de ma licence professionnelle ont été un peu difficiles, mais il s’agit surtout d’une question d’organisation et d’aide extérieure. Pour le moment, j’habite avec ma mère qui m’aide énormément avec les enfants et me permets de poursuivre mes projets professionnels et musicaux.

Tu es plus âgée que la majorité des chanteuses de Jpop. Pense-tu que l’âge sois un critère important lorsque l’on veut se lancer dans la musique, ou plus largement, le monde du divertissement ?

J’avais moi-même mis de côté ma « carrière » quelques années, pensant que j’étais trop « vieille » pour être chanteuse. J’ai fait une sorte de crise de la trentaine lors du passage à cet âge qui m’a faite réaliser que si je ne faisais rien maintenant, il serait peut-être trop tard (pour de bon)! J’ai donc décidé de me lancer dans divers projets et de suivre mes envies (dont les études et les collaborations musicales), tout en ayant le recul que je n’avais pas étant plus jeune et en sachant que je pourrais surmonter un éventuel « échec ». Au final, j’ai pris conscience qu’il fallait tout tenter, quitte à trébucher, pour ne rien regretter.

Concernant le critère de l’âge, je pense que cela dépend de ce que l’on veut accomplir et dans quel style de musique. Il est certain qu’au Japon, c’est un peu « l’ère des idols », et que l’âge fait partie des critères de réussite. Mais ce n’est pas forcément le cas dans les autres styles musicaux (le jazz ou le rock par exemple). L’important est de rester fidèle à soi-même et de faire de son mieux, de créer pour créer et non pas pour être connu! Et comme on dit, « qui ne tente rien n’a rien »!

Quels conseils donnerais-tu as quelqu’un qui a envie de se lancer dans une carrière musicale au japon 

Tout d’abord , je conseille à toute personne souhaitant se lancer dans une carrière au Japon ou ailleurs de prendre des cours de chant. On peut avoir une très jolie voix, mais des techniques vocales peuvent aider à l’optimiser et surtout à la protéger.

Quant à se faire repérer, je ne connais pas la recette magique, mais ma technique est de tout tenter ! Contacter des labels en leur envoyant des démos (reprises ou chansons originales), poster des vidéos sur Youtube ou Niconico Douga (site web de partage vidéos), participez à des concerts, etc.. Tout ce qui peut montrer votre motivation et détermination!


Où trouver les albums de Noella?

>>ECOUTER DES EXTRAITS<<

Single « Oh Oh »

>>Disponible sur iTunes<<


Album GaNISOng (version française)

>>Disponible sur Amazon Japan<<

Tracklist
1. Uninstall (Version française)
2. Zankoku na tenshi no Thesis (Version française)
3. Totsugeki Rock (Version française)
4. Sakurane (Version française)
5. Toumei datta sekai (Version française)
6. à 10. Versions instrumentales


4 mini albums sont également sortis en 2016 et disponibles sur Amazon France et iTunes !
(cliquez sur les liens ci-dessous)

Noella #1 HANEDA INTERNATIONAL ANIME MUSIC FESTIVAL

Noella #2 HANEDA INTERNATIONAL ANIME MUSIC FESTIVAL

Noella #3 HANEDA INTERNATIONAL ANIME MUSIC FESTIVAL

Noella #4 ~HANEDA INTERNATIONAL ANIME MUSIC FESTIVAL (version française)


N’hésitez pas à suivre Noella sur les réseaux sociaux !

Youtube Facebook Twitter – SoundCloud

NoellaFromParis.com

A propos de Nunaya 16 Articles
Diplômée en Communication et ancienne pvtiste, Nunaya a vécu au Japon et en Corée du Sud entre 2010 et 2015. Elle partage son expérience et sa philosophie de vie positive sur sa chaîne Youtube et son blog. Le message qu'elle veut faire passer est que nous sommes tous capables de construire une vie qui nous ressemble !

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